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Tlemcani's life

Jeudi 26 janvier 2006

Bonsoir à toutes et à tous et bienvenue sur mon blog !!
Je me présente, je m'appelle Amine et comme Henri, je voudrais bien réussir ma vie.
28 ans et bien sous tout rapports, je vis à Paris depuis quelques années où un avenir personnel et professionnel palpitant me tend ses petits bras musclés (dixit une "chouwafa" bon marché rencontrée par le plus grand hasard de mes errances maghrébines)
Je vous raconterai lors de longs articles : mes amis, mes amours et surtout mes emmerdes, vous ferai part de mon opinion sur tout et rien, surtout sur rien, vous conterai les subtilités tlemceniennes, algériennes et même mondiales, et tout ça pour la modique somme de rien du tout, parce que franchement, vous le valez bien !!

A très bientôt !

Amine


 
Par amine
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Dimanche 29 janvier 2006

Alger, amphithéâtre immaculé plongeant dans l’azur méditerranéen, j’y vis depuis ma naissance, ses trottoirs ont vu sur eux s’écraser mes chaussures ENADITEX (Entreprise NAtional Dial Textile) poussant un petit ballon de fortune composé d’un sachet ONALAIT (Office NAtional dial le LAIT) farcit des meilleurs pages d’El Moudjahid :

« Le frère Houari Boumediene, président du conseil de la révolution qui œuvre inlassablement depuis l’historique réajustement révolutionnaire du 19 Juin 1965 à l’édification d’un état socialiste d’où sera bannie toute forme d’exploitation de l’homme par l’homme, à inauguré aujourd’hui à la ville frontalière de zouj b’ghal, dans la wilaya de Tlemcen, un village socialiste modèle, composé de 14 logements socialistes, d’une école primaire socialiste, d’un dispensaire socialiste, d’un souk el fellah* socialiste ainsi que d’une mosquée socialiste. APS »



Milieu des années 90, adolescent, je suis lycéen sur les hauteurs d’Alger et c’est brillamment que je décroche mon Bac mention « passable d’un cheveu », ceci à la stupéfaction parentale, désespérés au vu de ma nonchalance méditerranéenne, de rentabiliser un jour le colossal investissement en cours particuliers et autres soutiens scolaires.

Le triomphe fut total, puisqu’en plus de réussir là où beaucoup ont déçu, j’eus aussi la satisfaction de voir ma mère, de guerre lasse, abandonner son projet de waada.

Qu’est ce qu’une waada ? C’est la question que tu te poses fidèle lectrice/eur ?

(Suite)

 

* souk el fellah : sorte de supermarché vide.

Par amine
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Samedi 11 février 2006

Suite de l'article "Au début était le commencement, ou plutôt l'Exil (Part I)" :

Une waâda est une célébration festive d’un bienfait considéré comme divin.

Nous distinguons deux types de waâda :

La waâda "Treize virgule"

Consiste, pour les non tlemceniens qui l’organisent, à remercier le tout puissant du bienfait dont il les gratifie, c’est aussi, pour ceux qui y sont invités, l’occasion de dîner à l’œil.

Le choix des invités est très simple, tout le douar* est chaleureusement convié par la grâce du téléphone arabe (ancêtre méconnu du SMS).

La waâda "Treize"

Consiste pour les tlemceniens qui l’organisent à étaler le bonheur qui leur arrive, et qui à coup sûr fera crever de jalousie ceux qu’on a pas invité.

Les invités se déplaceront dans la perspective alléchante de critiquer vertement le dîner (à l’œil) pour lequel ils ont accouru tous bijoux à l’air. 

 

 

 

Te voilà donc, chère lectrice (eur), renseigné(e) sur la waâda, reprenons à présent le récit :

 

Il fait très chaud à Alger en cet été 1995, et la perspective de l’annuel pèlerinage tlemcenien avec son cortège de protocoles hypocrites me refroidit sec.

J’y ai échappé l’été précédent prétextant de studieuses révisions en vue du BAC, révisions qui portérent essentiellement sur la matière « beach volley & reluquage de bikini », autant dire que ma déception fut à la hauteur de mon implication quand je découvris qu'en dépit de tout sens pédagogique moderne, cette matière n’était pas proposée aux épreuves finales. A coup sûr j’aurais eu mention « très bien ».

Je me fais donc à l'idée de l’expédition au pays de Yaghmoracen car à la stupéfaction familiale, cousin Kamel se marie, et ce sera  forcément à Tlemcen puisque forcément avec une tlemcenienne.

L’ébahissement de la nouvelle passé, je ne pus m’empêcher de me demander quel horrible crime commis dans une vie antérieure pouvait justifier que le sort s’abatte ainsi sur cette jeune fille, qui allait sa vie durant être madame Kamel, fils de sa mère, ma tante.

Rafika, sœur de ma mère, avait enfin trouvé celle qui allait être sa bru, ni trop jolie ni trop intelligente et pas assez riche, elle vivra donc chez elle, fera le marché et la cuisine, rangera, lavera, essuiera et à l’occasion piquera à la machine, le tout à moindre frais avait calculé Rafika.

Sacrée Rafika me dis-je, elle qui dans sa jeunesse soixante-huitarde avait décrété que l’archaïsme de la cohabitation avec la belle-mère ne passerait pas par elle, concluait au crépuscule de son existence qu’elle ne dérogerait en rien aux traditions. Pas à une contradiction près cette Rafika, surtout quand ça l'arrange.

C’est donc le grand départ, réveil à 6h du matin puisque mon père ne veut pas risquer de rouler de nuit en ces temps de terrorisme et c'est sous la chaleur écrasante de l’été algérien que nous entamons le périple de 600 Km qui nous sépare de nos racines.

J’aime ces trajets par route jusqu’à Tlemcen, les odeurs familières du cuir brûlant des sièges de la voiture familiale, l’ambiance sonore des K7 audio de Abdelkrim Dali, Redouane Bensari, Cheikha Tetma, la SLAM et le fameux touché de r’bab de Mustapha Belkhodja sur Touchiat El Kamal, et ça chante à tue tête « tlemcen el aliya, ya mahlak fel souknane … attends arrêtes toi, demande à combien ils vendent les pastèques ! » le délice des traditionnels grillades de ce restaurant à Relizane où nous nous arrêtons déjeuner à chaque fois (l'unique rescapé de l'inspection d'hygiène maternelle) ...

La tête pleine de ces images sublimes de paysages grandioses, je me dis avec une nostalgie que mes 17 ans n'expliquaient pas, c’est beau l’Algérie.


* Douar : hameau


(Suite)

Par amine
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Samedi 18 février 2006
Suite de l'article "Au début était le commencement, ou plutôt l'Exil (Part II)"


Comme d’habitude, un débat existentiel aigue fait rage au sein de la Mercedes familiale (Diesel, c’est plus économique) : route de Sidi Belabès ou route d’Oran ?

Par Sidi Belabès, nous gagnons 100 Kms, mais la route est très mauvaise (euphémisme en Algérie) c’est la préférence de mon père.

Par Oran, la route est plus longue, mais la chaussée est de meilleure qualité (à peine 3 raccordements Sonelgaz par Km) suggère avec insistance ma mère, habituée de toute façon à avoir le mot de la fin.

Et c’est toujours à ce moment que j’interviens : « je veux voir l’Ourit », tout le monde se tait religieusement, le verdict est tombé, nous prendrons la route de Sidi Belabès.

L’Ourit, cascades majestueuses à la sortie de Tlemcen, sujet de tellement de chansons qui ont bercé mon enfance, de légendes incroyables qui ont construit mon imaginaire, l’Ourit est un élément incontournable de ma « Tlemcénité », avec la mosquée Sidi Boumediene d’El Eubade où Chouayb Abu Médiane est venu reposer en paix sur sa route pour Marrakech, les ruines de Mansourah et le siège cruel dont elles témoignent, Bab El Khemis la rescapée du travail d’acculturation coloniale, le musée de Tlemcen et ses trésors inestimables, le Mechouar cour des sultans Zianides, El Kissaria où on trouve tout ce qui peut s’acheter, la cour de la Grande Mosquée, Bab El Kermadine, la mosquée de Sidi Senouci, la mosquée de Sidi El Haloui, le plateau Lalla Setti, le Minaret d’Agadir, le tombeau de la sultane …Etc

Ah ! Tlemcen ville d’arts et de beaucoup d’histoires, petites et grandes.


Arrivés devant ces cascades asséchées sur l’autel de l’urbanisme, l'Ourit ruisselle bruyamment dans nos têtes.

(Suite)


Par amine
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Mardi 21 février 2006
Orly sud, le taxi m’allège de plusieurs euros en me faisant un grand sourire l’air de dire « enfin un arabe qui fait le voyage en sens inverse »
Mon accompagnatrice me fait ses recommandations habituelles :
-    appelles moi dès que tu arrives
-    oué oué
-    n’oublie pas les amandes pour ma mère
-    oué … les amandes ?!
-    tu as oublié les amandes ?!!
-    …

Entré dans le hall de l’aéroport, je cherche le stand où seront agglutinés en masse indisciplinée des chariots chargés bien au-delà des 20 Kg réglementaires, poussés par mes compatriotes, vociférant à l’employé AH* que non ils ne sont pas en surcharge et que le sac bleu et rouge de 30 m3 peut parfaitement passer en cabine. Et je tourne, je tourne, walou. Vérification du billet, c’est bien Orly Sud, je me décide à demander mon chemin et on m’indique un stand quasi vide, je n’y crois pas mais c’est pourtant bien le stand AH* départ pour Alger 15h30.

Les formalités d’usages effectuées à la dernière minute comme à mon habitude, j’embarque sur le Boeing flambant neuf d’Air Algérie.
5 ans que je n’ai pas pris l’avion avec notre compagnie nationale, je constate fièrement les progrès accomplis : les hôtesses ont moins de 55 ans, elles sourient (tu rends compte !!) et les steward ne vous hurlent pas à la figure à la moindre demande de verre d’eau.
Par acquis de conscience je confirme auprès de mon voisin qu’il s’agit bien du vol pour Alger, il me prend pour un attardé, l’avion décolle, à l’heure (!!).



« Dans quelques minutes nous allons atteindre l’aéroport Houari Boumediene où la température extérieur est de 5° … »

La porte de l’avion s’ouvre, Hummmmmmm, une bonne bouffée d’air du pays, polluée par les rejets de Kérosène, mais maâliche.

(To be continued)

*Air Algérie


Par amine
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Jeudi 2 mars 2006

Chéres lectrices, cher lecteurs,

Une petite angine m'a tenue éloigné de vous pendant quelques temps, ce n'est que partie remise, la suite de mes aventures sera bientôt publiée.

Amine

Par amine
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Jeudi 9 mars 2006
Aujourd'hui, c'est encore culture !!
(C'est mamantlems qui va être contente)


La suite de l’article "Les Trois Grands"

Abordons à présent la poésie de Bensahla.

Ce n’est pas la partie la plus simple à aborder, à cause évidemment de la barrière de la langue, je dois traduire par mes propres moyens et même si je me targue d’être bilingue, la traduction est un métier et ce n’est pas le mien … maâliche j’essaye et si parmi vous certains peuvent m’aider : à votre bon cœur mesdames et messieurs !!

Selon ma source (« Diwan du Cheikh Boumediène Bensahla », Med HACHELAF & Med ZERHOUNI) la poésie de Bensahla serait à diviser en 6 parties :

1.    Le « ghazl » -je n’ai pas trouvé de définition équivalente en français-

La partie la plus importante de l’œuvre de notre poète, chanson emblématique tirée de sa poésie « youm el khemis* », où il affirme son amour pour Fatma, décrite avec la plus grande beauté.
Cette chanson est encore chantée de nos jours, reprise par de nombreux artistes, dont Abdelkader CHAOU l’algérois.


* Le jeudi

2.    Le « Chaouq » -la nostalgie ?-

Je m’avance en disant que cette partie de son œuvre se situe à l’époque de son exil de Tlemcen où il trouva refuge dans sa famille à l’extrême ouest de l’Algérie.
Peut être un spécialiste parmi vous me corrigera ?

Chanson magnifique « Nar Houakoum Lahab* », reprise par de très nombreux artistes, notamment par Amazigh Kateb de Gnawa Diffusion.


* Je me consume de votre amour, ici l’amour de ses compatriotes

3.     Le « Hanin » - ?-

Véritable Hymne national de Tlemcen, le texte de « Ya Daw Ayani *» est une source d’information très précieuse sur la géographie de Tlemcen du 18è siècle.
La légende dit que cette chanson, où il cite nommément plusieurs de ses maîtresses supposées, lui valut en partie, son exil.


* Lumière de mes yeux ?

4.    Le « Chekoua » - La plainte ?-

Ici les poésies sont apparemment à double sens, l’amour serait une métaphore de l’arbitraire politique de l’époque.

« Kif Hilti* », chanson reprises par de nombreux artistes algériens.


*Où est la solution ?

5.    Le « Tawassol » - L’intercession divine ?-

Bensahla, comme beaucoup de musulmans arrivés à l’age des bilans,  se rapproche de Dieu et écrit cette très belle poésie « Bagh N’djaour El Mustapha *»


* Je veux côtoyer le Prophète QPSSSL

6.    Le « Madih » - Louange au prophète ?-

Toujours dans le même esprit « Selem ala Taha el Qoraichi *»


*El Qoraichi, de Qoreich, la ville natale du Prophète QPSSSL

(To Be Continued)

Par amine
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Mercredi 12 avril 2006
Chères lectrices, chers lecteurs !!

Tout d'abord permettez moi de vous remercier chaleureusement pour les nombreux mails reçus à ce jour, toujours chaleureux et sympathiques.

Je n'ai malheureusement pas eu le temps de répondre à tout le monde, mais c'est promis, j'y travailles.

Bientôt le suite de tous les articles : "Les trois grands" ,"Au début était le commencement" et  "Amine à la conquête de l'ouest"


Un peu de culture pour le premier thème avec la biographie de Ben Sahla, Ben Triki et Ben M'sayeb, de "l'auto fiction" selon Amina (vous savez, le jijelienne artiste et non maçon) pour les deux autres.

A très bientôt !!

Amine

Pour m'écrire : amine.tlemcani@gmail.com

Par amine
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Samedi 15 avril 2006


Suite de l'article "Au début était le commencement, ou plutôt l'Exil (Part III)"


Traversé l’ouest algérien de ces années de guerre larvée et son cortège de barrages des forces de l’ordre tendus & désagréables.

Une anecdote m’avait frappée à ce propos, au cours de ce voyage, par route dois je le rappeler, nous fûmes arrêtés à un barrage de l’armée, jusque là rien d’inhabituel pour l’époque, et pour rester dans les mœurs de ces temps pas très bénis, on nous demande d’ouvrir nos sacs, ma mère ouvre le sien et l’officier y découvre un paquet de cigarette de marque Nassim, et là, soulagé, il ordonne aux jeunes appelés aux casques soviétiques trop grands pour leurs gabarits de nous laisser passer.

Quel cliché m’étais-je dit !!

Cet officier, dans un raisonnement brillant, avait déduit qu’une femme qui fumes ne pouvant être une terroriste, il n’était donc nul besoin d’ouvrir le coffre de la malle pour vérifier la présence d’explosifs, armes et autres surprises !!

Il doit certainement sortir d’une école de guerre française m’étais-je dit, spécialiste pour former des officiers à la vue courte et au sens stratégique foireux.

La pancarte rouillée « bienvenue dans la wilaya de Tlemcen » écrite dans toutes les langues nous salue et dès ce moment, l’étrange métamorphose s’opère inconsciemment, je me surprend à parler avec cet accent dont je me moque si facilement loin de ces contrées, raffinées, paraît-il.

Je prépare aussi les répliques cinglantes à servir au moment opportun, souriant déjà en imaginant les têtes de mes victimes futures, mais n’est ce pas là le sport national à Tlemcen ? On s’intègre ou on ne s’intègre pas, moi je mets un point d’honneur à respecter les us et coutumes de mes hôtes …


(To be continued)


Par amine
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Mardi 18 avril 2006

 


Suite de l'article "Amine à la conquête de l’ouest, décembre 2005 (Part I)"

 

Formalités de douanes expédiées à la vitesse de la lumière, à noter cette particularité unique au monde de la lumière algérienne de se propager beaucoup moins vite que le son.

En effet, on entend quelques étrangers rouspéter contre les inévitables « grillages » de file d’attente par de charmantes compatriotes, soulagées de leurs passeports verts par des policiers certainement trop sentimentaux, qui à leur tour confient lesdits passeports au préposé à la PAF, qui lui s’acharne à tamponner toutes les pages avec une rage à peine contenue.

Je rouspète à mon tour contre ces ingrats d’impérialistes, qui se croient autorisés à émettre des objections sur nos traditions les plus anciennes !!

Vérification des bagages esquivée grâce à ma confiance légendaire en ma propre personne, je sors, ma famille m’attend, il fait bon, à nous les embouteillages, nouvelle plaie algéroise.

(To be continued)


Par amine
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