
Face à l’unanimisme des prises de positions bien pensantes hexagonales, je me permets, modestement, d’apporter un autre éclairage sur la polémique enflant ces derniers jours au sujet de la publication de dessins d’un caricaturiste danois.
De quoi s’agit il ?
On nous parle du droit pour un dessinateur danois, selon les règles lumineuses de son glacial pays, d'exercer ses talents de caricaturiste, c’est la liberté de la presse.
On ajoute même que, l’interdit islamique de toute représentation du prophète n’ayant pas valeur universelle, ces considérations archaïques n’ont donc pas droit de cité en terre occidentale « évoluée ».
Ma réponse :
Belle démocratie que celle qui autorise l’insulte, la vexation et l’humiliation de plus d’un milliard d’individus musulmans.
N’ayant pas génétiquement la faculté de comprendre le concept de liberté de presse -je suis arabe souvenez vous- je ne vois donc dans ces dessins que de la diffamation gratuite parce que facile, malhonnête parce que vendeuse et médiocre parce que dans l’air du temps depuis le 28 éme anniversaire* de l’assassinat de Salvador Allende et quelques milliers de chiliens par la CIA aidé de ses collaborateurs locaux.
La blessure provoquée par ces dessins est ressentie moins sur un plan religieux que sur un plan identitaire par des peuples systématiquement soupçonnés de terrorisme, de machisme, d’intolérance et j’en passe, des peuples qui en plus de vivre la pauvreté et la marginalisation sociale qui va avec, doivent quotidiennement subir, ici en Europe et plus particulièrement en France, la discrimination raciale à l'emploi, au logement et aux loisirs.
Leur prophète est représenté en terroriste, et comme ô surprise, les musulmans, à l’instar de leurs homologues humains, ont un cerveau et qu’en plus il ne savent que trop bien dans quel monde ils vivent, ils ont compris le message de la caricature : musulman = terroriste et comme terroriste = sous-homme, conclusion : pas besoin de respecter avec des sous-hommes les règles dont on se gausse entre gens biens, bien blancs. Ah, décidément, on n’en a pas fini avec le colonialisme.
De quoi s’agit il encore?
On nous dit, en bombant le torse, qu'il faut faire barrage au totalitarisme musulman, celui-ci voulant imposer au monde sa vision.
On ajoute même, avec l’air arrogant du donneur de leçon, à quel point il est courageux de publier ou republier ces dessins.
Ma réponse (un peu énervé) :
De qui se moque-t-on ? n’est ce pas les USA qui vendent leur “démocratie” à coup de bombes ? n’est ce pas le colonialisme européen qui à peine 40 ans en arrière prétendait imposer un modèle “évolué” aux peuples jugés inférieurs ? N’est ce pas l’occident arrogant et sûr de l’universalité de son modèle qui considère tout ce qui ne lui ressemble pas comme barbare ?
Comment ne pas être choqué jusqu'à l'écoeurement face à l’indécence avec laquelle se posent en chevaliers de la liberté d’expression des personnages médiatiques dont les principes et les valeurs sont apparemment à géométries variables.
Assourdissant fut leur silence sur la violente cabale subie par l’humoriste Dieudonné auteur d’un sketch jugé blessant pour une ethnie !
Muet, quand, au mépris de ladite liberté d’expression, fut interdit de parole Tarek Ramadhan, livré à ses contradicteurs en son absence !
Compréhensifs, quand des chaînes publiques de télévision ont décidé censurer les bavures policières commises au cours des émeutes sociales de l’automne dernier (oui sociales et non ethniques, dixit un rapport des RG)
Ma conclusion :
La liberté d’expression est un droit, tout comme l’est la liberté de croyance, sans que l’une ne soit en contradiction avec l’autre, si les religions sont contraintes de respecter la liberté de foi (le coran affirme la liberté de culte « lakoum dinoukoum oua liya dini ») la liberté d’expression dans les médias, elle, se doit de respecter la sacralité que mettent les individus dans leurs religions. Alors, non, on ne peut pas caricaturer Dieu.
* 11 septembre 1973
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