
20h52 dans ma salle de bain, je me torture les neurones avec des questionnements existentiels aigues « rasage ou pas rasage ? » « gel ou pas gel ?» « belle chemise ou pas belle chemise ?»
Ce n’est qu’un concert, c’est la fin de semaine et surtout, il y aura plein de tlems, je ne résiste pas à l’envie de m’y faire remarquer avec l’arrogance qui me caractérise -au grand désespoir de ma mère- en y allant négligé, ce sera donc une fin de non recevoir aux questionnements précédents …
21h01 Rue de la Croix-Nivert dans le 15ème arrondissement, à deux pas de chez moi, c’est le Centre Culturel Algérien de Paris, je présente mon ticket au sympathique et néanmoins nonchalant préposé à l’accueil qui me dit avec son sourire le plus algérien qu’à cette heure il n’était pas sûr que je trouve des places assises : en Algérie, les salles de concerts, c’est comme les bus, les places assises ne sont pas incluses dans le prix du billet …
21h03 La minuscule salle de concert dudit centre culturel est pleine à craquer, ça « awe-awe » et ça « kirik » à plein tube, je reconnais plusieurs faciès et comme prévu, bijoux et robes de mauvais goût s’exhibent fièrement …
21h08 Je trouve enfin une place assise, je me plonge dans l’écoute critique …
21h15 Déjà un khlass* qui comme son nom l’indique termine une nouba*, je vérifie sur le papier pris à l’accueil que le concert commençait bien à 21h, je n’ai pas le temps de m’étonner qu’ils avaient déjà enchaîné un b’tayhi*, « ils » ce sont l’association « les airs andalous » …
22h10 Après avoir manqué aux règles élémentaires de la nouba –et après tout pourquoi pas ?- c’est la pause : thé, baklawa et cigarette à l’air libre, ça « awe-awe » et ça « kirik » de mal en pis …
22h25 Les retardataires ne retrouvent plus leurs places, les musiciens reprennent, toujours de la même façon, enchaînant un morceau lent, souvent un b’tayhi* -dans les bavardages de ceux venus qu’accessoirement pour écouter la musique- et un morceau plus rythmé, des khlass* ou du hawzi* –avec en prime les déhanchements de ceux, toujours les mêmes, qui ont ainsi manqué l’occasion de ne pas se faire remarquer …
23h20 Le concert se termine, pas de rappel, tout le monde se lève rapidement dans l’espoir de conclure les petites affaires entamées pendant l’entracte …
23h35 Moyen, c’est le bilan du concert, le chant, en solo ou en groupe était bon sans être exceptionnel, idem pour les instruments, néanmoins je salue l’originalité de la tentative de cette association qui mérite d’être suivie.
*Nouba, bt’ayhi, khlass, hawzi
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