Amine Tlemcani

 

Mardi 18 avril 2006

 


Suite de l'article "Amine à la conquête de l’ouest, décembre 2005 (Part I)"

 

Formalités de douanes expédiées à la vitesse de la lumière, à noter cette particularité unique au monde de la lumière algérienne de se propager beaucoup moins vite que le son.

En effet, on entend quelques étrangers rouspéter contre les inévitables « grillages » de file d’attente par de charmantes compatriotes, soulagées de leurs passeports verts par des policiers certainement trop sentimentaux, qui à leur tour confient lesdits passeports au préposé à la PAF, qui lui s’acharne à tamponner toutes les pages avec une rage à peine contenue.

Je rouspète à mon tour contre ces ingrats d’impérialistes, qui se croient autorisés à émettre des objections sur nos traditions les plus anciennes !!

Vérification des bagages esquivée grâce à ma confiance légendaire en ma propre personne, je sors, ma famille m’attend, il fait bon, à nous les embouteillages, nouvelle plaie algéroise.

(To be continued)


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Samedi 15 avril 2006


Suite de l'article "Au début était le commencement, ou plutôt l'Exil (Part III)"


Traversé l’ouest algérien de ces années de guerre larvée et son cortège de barrages des forces de l’ordre tendus & désagréables.

Une anecdote m’avait frappée à ce propos, au cours de ce voyage, par route dois je le rappeler, nous fûmes arrêtés à un barrage de l’armée, jusque là rien d’inhabituel pour l’époque, et pour rester dans les mœurs de ces temps pas très bénis, on nous demande d’ouvrir nos sacs, ma mère ouvre le sien et l’officier y découvre un paquet de cigarette de marque Nassim, et là, soulagé, il ordonne aux jeunes appelés aux casques soviétiques trop grands pour leurs gabarits de nous laisser passer.

Quel cliché m’étais-je dit !!

Cet officier, dans un raisonnement brillant, avait déduit qu’une femme qui fumes ne pouvant être une terroriste, il n’était donc nul besoin d’ouvrir le coffre de la malle pour vérifier la présence d’explosifs, armes et autres surprises !!

Il doit certainement sortir d’une école de guerre française m’étais-je dit, spécialiste pour former des officiers à la vue courte et au sens stratégique foireux.

La pancarte rouillée « bienvenue dans la wilaya de Tlemcen » écrite dans toutes les langues nous salue et dès ce moment, l’étrange métamorphose s’opère inconsciemment, je me surprend à parler avec cet accent dont je me moque si facilement loin de ces contrées, raffinées, paraît-il.

Je prépare aussi les répliques cinglantes à servir au moment opportun, souriant déjà en imaginant les têtes de mes victimes futures, mais n’est ce pas là le sport national à Tlemcen ? On s’intègre ou on ne s’intègre pas, moi je mets un point d’honneur à respecter les us et coutumes de mes hôtes …


(To be continued)


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Mercredi 12 avril 2006
Chères lectrices, chers lecteurs !!

Tout d'abord permettez moi de vous remercier chaleureusement pour les nombreux mails reçus à ce jour, toujours chaleureux et sympathiques.

Je n'ai malheureusement pas eu le temps de répondre à tout le monde, mais c'est promis, j'y travailles.

Bientôt le suite de tous les articles : "Les trois grands" ,"Au début était le commencement" et  "Amine à la conquête de l'ouest"


Un peu de culture pour le premier thème avec la biographie de Ben Sahla, Ben Triki et Ben M'sayeb, de "l'auto fiction" selon Amina (vous savez, le jijelienne artiste et non maçon) pour les deux autres.

A très bientôt !!

Amine

Pour m'écrire : amine.tlemcani@gmail.com

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Mardi 21 mars 2006

Petit aparté dans l’interlude culturel auquel je vous avais invité car je souhaite intervenir sur le sujet qui semble tourmenter la blogosphère algérienne ces derniers temps : l’arrêt de l’émission de Samir.

Samir est de toute évidence victime de censure, les méthodes utilisées sont méprisables et médiocres, jusque là rien de nouveau en Algérie et c’est bien là que certains me chauffent sérieusement les oreilles !!

En effet, tout le monde semble découvrir qu’il y a de la censure en Algérie !!

Où étaient tous ces beaux principes quand le journal La Nation a été suspendu au mépris de tout principe de liberté d’expression ?

Ce n’est qu’un exemple, soigneusement choisi car je n’ai pas voulu parler de ce qu’ont pu subir tous ceux qui étaient soupçonnés d’islamisme dans les années 1990, là encore dans notre indifférence la plus totale.

J’imagine que je vais me faire lyncher et traiter d’islamiste (cela fera au moins rire ceux qui me connaissent) mais ce que j’essaye d’expliquer est simple finalement :

Nous avons collectivement accepté tous les dépassement quand ils ne nous touchaient pas directement, aujourd’hui, la bête immonde du non droit -qui frappe indifféremment puisque cette garce n’a pas de camp- se retourne contre nous.

A l’avenir, refusons tout déni de justice, quelles qu’en soient les victimes, même s’il s’agit de nos pires ennemis, c’est le seul moyen de nous protéger de l’arbitraire.

"Je ne suis d'accord avec vous ni sur l'essentiel, ni sur l'accessoire. Par contre, je me battrai jusqu'à mon dernier souffle pour que votre voix soit entendue."

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Jeudi 9 mars 2006
Aujourd'hui, c'est encore culture !!
(C'est mamantlems qui va être contente)


La suite de l’article "Les Trois Grands"

Abordons à présent la poésie de Bensahla.

Ce n’est pas la partie la plus simple à aborder, à cause évidemment de la barrière de la langue, je dois traduire par mes propres moyens et même si je me targue d’être bilingue, la traduction est un métier et ce n’est pas le mien … maâliche j’essaye et si parmi vous certains peuvent m’aider : à votre bon cœur mesdames et messieurs !!

Selon ma source (« Diwan du Cheikh Boumediène Bensahla », Med HACHELAF & Med ZERHOUNI) la poésie de Bensahla serait à diviser en 6 parties :

1.    Le « ghazl » -je n’ai pas trouvé de définition équivalente en français-

La partie la plus importante de l’œuvre de notre poète, chanson emblématique tirée de sa poésie « youm el khemis* », où il affirme son amour pour Fatma, décrite avec la plus grande beauté.
Cette chanson est encore chantée de nos jours, reprise par de nombreux artistes, dont Abdelkader CHAOU l’algérois.


* Le jeudi

2.    Le « Chaouq » -la nostalgie ?-

Je m’avance en disant que cette partie de son œuvre se situe à l’époque de son exil de Tlemcen où il trouva refuge dans sa famille à l’extrême ouest de l’Algérie.
Peut être un spécialiste parmi vous me corrigera ?

Chanson magnifique « Nar Houakoum Lahab* », reprise par de très nombreux artistes, notamment par Amazigh Kateb de Gnawa Diffusion.


* Je me consume de votre amour, ici l’amour de ses compatriotes

3.     Le « Hanin » - ?-

Véritable Hymne national de Tlemcen, le texte de « Ya Daw Ayani *» est une source d’information très précieuse sur la géographie de Tlemcen du 18è siècle.
La légende dit que cette chanson, où il cite nommément plusieurs de ses maîtresses supposées, lui valut en partie, son exil.


* Lumière de mes yeux ?

4.    Le « Chekoua » - La plainte ?-

Ici les poésies sont apparemment à double sens, l’amour serait une métaphore de l’arbitraire politique de l’époque.

« Kif Hilti* », chanson reprises par de nombreux artistes algériens.


*Où est la solution ?

5.    Le « Tawassol » - L’intercession divine ?-

Bensahla, comme beaucoup de musulmans arrivés à l’age des bilans,  se rapproche de Dieu et écrit cette très belle poésie « Bagh N’djaour El Mustapha *»


* Je veux côtoyer le Prophète QPSSSL

6.    Le « Madih » - Louange au prophète ?-

Toujours dans le même esprit « Selem ala Taha el Qoraichi *»


*El Qoraichi, de Qoreich, la ville natale du Prophète QPSSSL

(To Be Continued)

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Jeudi 2 mars 2006

Chéres lectrices, cher lecteurs,

Une petite angine m'a tenue éloigné de vous pendant quelques temps, ce n'est que partie remise, la suite de mes aventures sera bientôt publiée.

Amine

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Samedi 25 février 2006

Aujourd’hui c’est culture !

Je m’essaye à la biographie et tente de vous intéresser au destin de trois grands auteurs tlemceniens, ou plutôt devrais je dire auteurs algérien tant leurs poèmes et chansons furent reprises partout dans notre pays.

Il s’agit de Boumediène Bensahla, Mohamed Ben M’sayeb et Ahmed Bentriki.

Ces biographies sont certainement incomplètes, voir parfois inexactes car traduites par mes soins, vos contributions et rectifications sont bien évidemment les bienvenues.

Commençons par mon préféré Boumediene Bensahla :

Né à Tlemcen, certainement dans la première moitié du 18 è siècle –je n’ai pas réussi à trouver sa date de naissance exacte- il passe son enfance entre l’école (m’side) et la manufacture puisque l’époque voulait qu’on enseigne aux enfants la lecture, l’écriture et le métier. L’activité en vogue à cette période à Tlemcen étant le tissage, Bensahla en épousera la vocation.

Très tôt attiré par la poésie et le chant, il déclame son amour enfantin à la jeune Badra, sa camarade de classe et on retrouve d’ailleurs ce prénom dans plusieurs de ses poésies.

Il apparaît dans ses premiers écrits comme un jeune homme séduisant, festif, vif d’esprit et possédant un sens aigue de la répartie et du verbe.

Les occasions de festoyer ne manquent pas dans le Tlemcen du 18è siècle, toute occasion est bonne pour s’encanailler à l’Ourit (ah l’Ourit !), Ain el Hout, Saf-Saf … tout ces lieux loin de la cité permettaient d’échapper au contrôle social tlemcenien. Il semble que le jeune Bensahla en fut profondément marqué.

L’organisation administrative de l’Algérie étant décentralisée sous l’ère Ottomane -celle-ci se contentant de prélever sa dîme- Tlemcen jouissait d’une certaine autonomie, autonomie qui a atteint son paroxysme sous le commandement d’un certain Bedjaoui, qui finit quand même par se faire exécuter à Alger …

Dominée par des féodaux locaux, Tlemcen offrait une organisation sociale inégalitaire à souhait, la classe laborieuse dont était issu Bensahla manquait de tout, contrastant avec la richesse ostentatoire des maîtres de la ville.

Cette situation fut dénoncée par un Bensahla militant dont les poèmes engagés trouvaient un écho favorable auprès des gens de sa condition et faisaient bien évidemment grincer les dents des notables, qui le voueront au bannissement et feront circuler des rumeurs à son sujet pour le discréditer.

(To be continued)

Traduit tant bien que mal de "Diwan du cheikh Bensahla" de Med Habib HACHLAF et Med ZERHOUNI paru aux éditions ANEP.
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Mardi 21 février 2006
Orly sud, le taxi m’allège de plusieurs euros en me faisant un grand sourire l’air de dire « enfin un arabe qui fait le voyage en sens inverse »
Mon accompagnatrice me fait ses recommandations habituelles :
-    appelles moi dès que tu arrives
-    oué oué
-    n’oublie pas les amandes pour ma mère
-    oué … les amandes ?!
-    tu as oublié les amandes ?!!
-    …

Entré dans le hall de l’aéroport, je cherche le stand où seront agglutinés en masse indisciplinée des chariots chargés bien au-delà des 20 Kg réglementaires, poussés par mes compatriotes, vociférant à l’employé AH* que non ils ne sont pas en surcharge et que le sac bleu et rouge de 30 m3 peut parfaitement passer en cabine. Et je tourne, je tourne, walou. Vérification du billet, c’est bien Orly Sud, je me décide à demander mon chemin et on m’indique un stand quasi vide, je n’y crois pas mais c’est pourtant bien le stand AH* départ pour Alger 15h30.

Les formalités d’usages effectuées à la dernière minute comme à mon habitude, j’embarque sur le Boeing flambant neuf d’Air Algérie.
5 ans que je n’ai pas pris l’avion avec notre compagnie nationale, je constate fièrement les progrès accomplis : les hôtesses ont moins de 55 ans, elles sourient (tu rends compte !!) et les steward ne vous hurlent pas à la figure à la moindre demande de verre d’eau.
Par acquis de conscience je confirme auprès de mon voisin qu’il s’agit bien du vol pour Alger, il me prend pour un attardé, l’avion décolle, à l’heure (!!).



« Dans quelques minutes nous allons atteindre l’aéroport Houari Boumediene où la température extérieur est de 5° … »

La porte de l’avion s’ouvre, Hummmmmmm, une bonne bouffée d’air du pays, polluée par les rejets de Kérosène, mais maâliche.

(To be continued)

*Air Algérie


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Samedi 18 février 2006
Suite de l'article "Au début était le commencement, ou plutôt l'Exil (Part II)"


Comme d’habitude, un débat existentiel aigue fait rage au sein de la Mercedes familiale (Diesel, c’est plus économique) : route de Sidi Belabès ou route d’Oran ?

Par Sidi Belabès, nous gagnons 100 Kms, mais la route est très mauvaise (euphémisme en Algérie) c’est la préférence de mon père.

Par Oran, la route est plus longue, mais la chaussée est de meilleure qualité (à peine 3 raccordements Sonelgaz par Km) suggère avec insistance ma mère, habituée de toute façon à avoir le mot de la fin.

Et c’est toujours à ce moment que j’interviens : « je veux voir l’Ourit », tout le monde se tait religieusement, le verdict est tombé, nous prendrons la route de Sidi Belabès.

L’Ourit, cascades majestueuses à la sortie de Tlemcen, sujet de tellement de chansons qui ont bercé mon enfance, de légendes incroyables qui ont construit mon imaginaire, l’Ourit est un élément incontournable de ma « Tlemcénité », avec la mosquée Sidi Boumediene d’El Eubade où Chouayb Abu Médiane est venu reposer en paix sur sa route pour Marrakech, les ruines de Mansourah et le siège cruel dont elles témoignent, Bab El Khemis la rescapée du travail d’acculturation coloniale, le musée de Tlemcen et ses trésors inestimables, le Mechouar cour des sultans Zianides, El Kissaria où on trouve tout ce qui peut s’acheter, la cour de la Grande Mosquée, Bab El Kermadine, la mosquée de Sidi Senouci, la mosquée de Sidi El Haloui, le plateau Lalla Setti, le Minaret d’Agadir, le tombeau de la sultane …Etc

Ah ! Tlemcen ville d’arts et de beaucoup d’histoires, petites et grandes.


Arrivés devant ces cascades asséchées sur l’autel de l’urbanisme, l'Ourit ruisselle bruyamment dans nos têtes.

(Suite)


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Mercredi 15 février 2006


Sur Alger la belle mes yeux se sont ouverts pour la première fois, elle m’a vu grandir et fut le témoin de mes émois d’adolescent, elle hante encore mes nuits d’exil parisien.

Alger m’a adopté sans rechigner, m’a permis, sans mot dire, d’être chez elle tout en venant d’ailleurs, m’a donné son accent coloré, son tempérament excessif et sa joyeuse nonchalance.

Trêve donc de « tlemceneries » pour l’instant, si mon esprit est tlemcenien, mon cœur lui, appartient à Alger, ma ville chérie (fais pas cette tête maman)

Etre algérois, c’est par essence venir d’ailleurs, de l’est, de l’ouest ou du sud, toute l’Algérie converge vers elle à tel point que certains, venus de moins fraîche date, parlent avec mépris d’exode rural.

Exode rural ou pas, Alger est la machine à fabriquer des algériens, pas démocratiques peut être, populaires sûrement*.

En effet, comme affirmé précédemment, à Alger nous venons tous –ou presque- d’ailleurs : mon ami Raouf le chaoui de « chaouilie », mon ami Larbi, comme son nom ne l’indique pas, de Kabylie, mon amie Amina l’artiste, de Jijel (oui artiste et non pas maçon**) et moi, de Tlemcen au cas où vous ne l'auriez pas encore noté.

Et pourtant ce qui nous est commun est aussi grand que ce qui nous différencie de nos cousins provinciaux.

Nous nous définissons tous comme algérois, et c’est néanmoins avec plaisir que je déguste le r’fiss affectueusement préparé par la maman de Raouf, avec délectation que je me régale de l’huile d’olive kabyle (la meilleure du monde, wallah) de Larbi et avec une délectation pleine de plaisir que je dévore la bastilla faites des mains d’Amina (oui je sais c’est marocain, mais je ne connais pas de plats jijeliens, j’allais tout de même pas parler des maçons jijeliens encore une fois !)


Conclusion, à Alger nous avons surmonté les régionalismes tout en cultivant nos particularismes, et pour moi, c’est ça être algérien.

*parce que  « République Algérienne Démocratique et Populaires.

**parce que les jijeliens sont d'excellents maçons, si vous étiez algérois, vous le sauriez.

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